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La Ritaline pour enfants hyperactifs ?

09-08-2007-Sylvie Simon - A force de propagande bien ciblée, l’idée est aujourd’hui communément admise qu’un enfant très turbulent est un enfant malade. Au lieu de se réjouir de voir leur enfant plein de vitalité, les parents s’inquiètent au moindre signe d’agitation.

Ils vont alors consulter leur médecin qui, le plus souvent relégué par la toute-puissante industrie pharmaceutique au simple rôle de distributeur de médicaments, prescrira un produit appartenant à la classe des amphétamines. Ces molécules puissantes stimulent la dopamine, un neurotransmetteur impliqué dans le contrôle des fonctions motrices. Ce serait parfait si l’administration de ces molécules, sous leur forme la plus prescrite, la Ritaline – par millions de doses aux Etats-Unis – n’était suivie d’effets secondaires dévastateurs.

Une drogue sur ordonnance
Depuis près de vingt ans, un important changement est intervenu en psychiatrie avec l’arrivée massive de médicaments, et particulièrement ceux destinés aux enfants et adolescents. On sait bien que la chimie est devenue la nouvelle panacée, mais, pour un enfant à problème, il serait préférable d’être confié à un pédopsychiatre plutôt que tous ses maux soient traités par la chimie, qui fait à présent partie de notre vie quotidienne.

Il serait plus sain de parler avec ces jeunes, d’étudier les facteurs sociaux, d’essayer de comprendre leur angoisse devant un avenir pour le moins incertain, et de nous demander si les normes que nous leur imposons sont compatibles avec la vie actuelle, et si notre civilisation moderne est un bon exemple de bonheur sur notre planète bien malade.

D’après une expertise faite en 2003 par l’Inserm sans enquête épidémiologique, un enfant sur 8 souffrirait de trouble mental et 5,9 % des jeunes de 15 ans seraient atteints de “troubles de conduite”.

Pour soigner les troubles déficitaires de l’attention avec hyperactivité chez les enfants de plus de six ans, on leur administre de la Ritaline, un psycho-stimulant amphétaminique à base de méthylphénidate classé comme stimulant du système nerveux central.

En France, le traitement initial est soumis à une prescription hospitalière annuelle des services de neurologie, psychiatrie et pédiatrie, mais elle peut être renouvelée par tout médecin sur présentation de la prescription initiale et de nombreux médecins en abusent.
Le traitement chimique est une arme à double tranchant. Il peut, en effet, permettre à ces enfants hyperactifs de s’intégrer aux normes en cours et rassurer ainsi les parents, et d’autre part, comme toutes les drogues de ce genre, il génère une certaine euphorie qui permet aux consommateurs d’oublier leur différence et leurs complexes. Cependant, en parallèle à ces avantages théoriques, il détruit la personnalité, la spontanéité de ces enfants et, sans aucun doute, leur santé physique.
Des risques comparables à ceux de la cocaïne

La Ritaline étant une amphétamine, ses effets sont comparables à ceux de la cocaïne et elle correspond à la définition des drogues illégales. Aussi, il est évident qu’elle génère une accoutumance, forme de toxicomanie infantile. Cette drogue sur ordonnance est tellement dangereuse que l’armée américaine refuse d’enrôler les jeunes qui ont été traités par ce médicament avant l’âge de douze ans.

La société Novartis Pharma reconnaît que ses chercheurs sont incapables de prévoir à long terme les effets de ce poison, mais on a récemment découvert qu’il provoque des tumeurs cancéreuses du foie chez les souris de laboratoire. Le Dr William Carlezon et son équipe de la Harvard Medical School ont confié au correspondant de l’Agence Reuters sur les sujets de santé que la Ritaline peut avoir un effet à très long terme sur le cerveau.

D’ailleurs, il suffit de lire ce que son fabricant, Novartis, a notifié sur le mode d’emploi pour savoir que ce médicament n’est pas sans danger : “La Ritaline est un stimulant du système nerveux central. On ne connaît pas exactement son action sur l’homme […]. Il n’existe aucune évidence spécifique qui établisse clairement le mécanisme par lequel la Ritaline produit son effet sur le système nerveux central de l’enfant.”

Il indique également que “les données disponibles ne permettent pas d’extrapoler le risque hépatique carcinogène observé avec le méthylphénidate chez l’animal à l’homme, sans toutefois l’exclure formellement”. De même, “son potentiel tératogène n’a pas été clairement établi”.
En résumé, le fabricant avoue clairement que ses chercheurs n’ont pas poussé les investigations assez loin pour garantir la sécurité d’emploi du produit, ni même son efficacité. Il ignore exactement son action sur l’homme, son risque hépatique carcinogène et son potentiel tératogène. En vérité, il sait bien peu de choses sur un produit dont il a demandé et obtenu l’autorisation de mise sur le marché.
Et si le laboratoire fabricant n’a pas poussé ses travaux assez loin, qui le fera ? Qui peut garantir mieux que lui qu’il n’y aura pas d’effets secondaires graves ? Toutefois, il est aussi possible que ces travaux aient été faits, mais que le laboratoire préfère ne pas en ébruiter les résultats.

Si la société Novartis était parfaitement convaincue de l’innocuité de son produit, elle n’emploierait certainement pas des formules telles que “pourrait causer” ou “il n’existe aucune évidence” ou bien “on ne connaît pas exactement son action sur l’homme”. Et si l’on ignore cette action sur l’adulte, il est certain qu’on l’ignore davantage encore chez l’enfant, surtout à long terme. Aussi, comment certains médecins osent-ils affirmer que la Ritaline est un “médicament très sûr” ?

Pour sa part, le Vidal signale la nervosité et l’insomnie parmi les effets indésirables fréquents, ainsi qu’une diminution de l’appétit. Lors des traitements prolongés, on remarque également un ralentissement de la prise de poids, parfois un léger retard de croissance. Ces phénomènes sont censés disparaître lorsqu’on arrête le traitement, mais si le traitement est poursuivi pendant plusieurs années durant la croissance, on imagine sans peine les problèmes qui vont surgir.
Le plus incroyable est que personne ne soit en mesure de démontrer que ce genre de médicament améliore le rendement scolaire des enfants ainsi traités. Le seul effet “bénéfique” est de permettre une gestion à court terme de l’hyperactivité – un concept qui caractérise les enfants très turbulents, souffrant de grandes difficultés de concentration et de mauvaises performances scolaires – et de faciliter la vie des parents et des enseignants plutôt que celle des enfants qui risquent, un jour, de payer très cher l’inconscience de certaines familles et des médecins. Dans son ouvrage Les Inventeurs de maladies, manœuvres et manipulations de l’industrie pharmaceutique, Jörg Blech l’appelle la “pilule d’obéissance”.

La seule chose qui soit sûre, c’est que pour l’entreprise Novartis qui produit la Ritaline, ce médicament, considéré comme incontournable, représente des bénéfices considérables.
Un médicament qui génère des profits financiers fabuleux
En France, dès 1997, les laboratoires Novartis en avaient vendu 28 127 boîtes. En 2004, le total des ventes a été multiplié par six, Novartis en ayant vendu 182 109 boîtes à 7 000 enfants français. Aujourd’hui, ils sont plus de 10 000 drogués sur ordonnance.
Au Royaume-Uni, en 1990, 3 000 enfants étaient soignés par ces toxiques. Entre 1992 et 2001, 25 000 enfants et adolescents ont reçu 93 000 prescriptions de ces poisons. Mais, devant les preuves attestant l’inefficacité de ces produits chez les moins de 18 ans et l’augmentation par deux du nombre de suicides, en 2003, les instances de santé ont pris la décision d’interdire ce type de médicaments en dessous de cette tranche d’âge.

Au Canada, malgré ces risques, près d’un million d’enfants sont également traités à la Ritaline, ou avec d’autres drogues similaires, afin de contrôler leur comportement.
En Allemagne, les ventes du méthylphénidate ont augmenté de 400 % entre 1995 et 1999.
Au Mexique, entre 1993 et 2001, les ventes de la formule générique de la Ritaline ont augmenté de 800 %. Des progressions très significatives ont également été rapportées au Danemark, en Suède et en Suisse. En Australie, les prescriptions de stimulants pour les enfants ont été multipliées par 34 durant les vingt dernières années. “L’Australie mérite la palme d’or pour le nombre de prescriptions de Ritaline. On la donne en priorité, alors qu’on devrait l’utiliser en dernière option”, a déclaré le Dr Halasz, de l’Australian Psychological Society. Il y a dix ans, 46 000 enfants australiens étaient soumis aux dexamphétamines comme la Ritaline, et ce nombre est actuellement passé à 246 000. En 2002, les médecins australiens avaient signé 220 000 ordonnances de Ritaline pour les enfants.
Outre-Atlantique, la Ritaline connaît un succès sans précédent. Le ministère de l’Education et l’Institut national pour la santé mentale (NIMH) des Etats-Unis poussent à l’utilisation de la Ritaline avec autant de vigueur et souvent en usant de termes encore plus enthousiastes que le fabricant lui-même.

Près de 10 % des enfants américains âgés de 10 ans sont traités par ce médicament. Un nombre croissant de psychiatres s’inquiètent de la médicalisation injustifiée des jeunes Américains. En outre, un million d’adultes américains utilisent cette molécule pour ses effets psychostimulants.
La Drug Enforcement Administration des Etats-Unis a constaté que les ordonnances prescrivant la Ritaline, le Prozac, ou bien d’autres psychostimulants ont augmenté de 700 % au cours des dix dernières années. Huit millions d’enfants américains sont à présent traités par la Ritaline. Dans certaines écoles, 20 % des enfants en consomment régulièrement.

En 1994, 1 % des lycéens américains prenaient de la Ritaline sans prescription médicale ; en 1998, ce chiffre était passé à 3 %. En 1996, la Drug Enfor-cement Administration a constaté que 30 % à 50 % des adolescents suivis par un médecin consommaient cette drogue hors prescription. Elle sert aussi de dopage en période d’examen. En 1990, 271 hospitalisations d’urgence étaient dues à la Ritaline et, en 1998, on en comptait 1 727.

Big Brother est à l’œuvre
Dans l’Illinois, les services de santé ont décidé de prendre en main la santé mentale des enfants de l’Etat, de la naissance à 18 ans, sans admettre aucune exemption. Ce projet va s’étendre à travers le pays car il est partagé déjà par de nombreux autres Etats. L’Illinois est le premier à l’avoir mis en place, et Patti Bellock, député et membre actif d’un groupe d’intervention, n’hésitera pas à avoir recours à une brigade spéciale, la Task Force, pour le faire appliquer. Patti Bellock s’est lancée dans ce processus parce que des études montrent qu’un enfant sur six souffre de dépression, et que la dépression “affecte la capacité d’un enfant à apprendre et accroît sa propension à la violence, à l’alcool et génère d’autres comportements délinquants”.

L’évaluation de la santé mentale sera donc ajoutée sur les certificats des examens de santé et tous les enfants de l’Illinois, excepté ceux qui auront une exemption religieuse, devront être à jour de leurs bilans de santé et de leurs vaccinations pour entrer en classe. Les femmes enceintes seront examinées et surveillées pendant un an après la naissance du bébé. Ce seul examen obligatoire va coûter quelque 10 millions de dollars.

“Si quelqu’un pense échapper à cela parce que son enfant n’est pas dans une école publique, il se trompe”, a déclaré Paul Schneider après les auditions publiques. Schneider s’est violemment insurgé contre ce projet : “Si la famille refuse d’accepter l’évaluation de santé mentale par l’école, quel recours aura-t-elle ? Qui va payer et qui va déterminer qui est sain ou non mentalement ?” Il pense, à juste titre, que les compagnies pharmaceutiques vont fortement bénéficier de l’explosion du nombre d’enfants considérés comme hyperactifs auxquels on ordonnera de la Ritaline.

Pour sa part, Karen Hayes, codirectrice de l’Association Concerned Women for America-Illinois, a déclaré aux membres du groupe d’intervention : “Ce n’est pas un bénéfice pour les enfants, ni pour les contribuables de demander à la bureaucratie gouvernementale de décider des standards de la santé mentale. Puis-je proposer que la santé mentale des auteurs de ce concept soit évaluée  ?” Karen Hayes est très choquée qu’une loi aussi importante ait été votée en catimini.
Il faut avouer que ce procédé ressemble étrangement à tout ce que nous avons pu lire dans des livres de science-fiction tels Nous autres d’Eugène Zamiatine, Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley, ou 1984 de George Orwell.

Il est fâcheux que la France, qui se prétend un pays de liberté et le meilleur défenseur des Droits de l’homme – bien que personne ne le croie plus –, cherche à imiter un pays qui lui aussi fut un défenseur de la Liberté, mais dans lequel cette liberté se réduit chaque jour comme une peau de chagrin. Espérons qu’elle n’y parviendra jamais.

Sylvie SIMON
Auteur entre autres de  :
Ce qu’on nous cache sur les vaccins, paru aux Editions Deville ; Information ou désinformation ?, éd. Guy Trédaniel ; La Nouvelle dictature médico-scientifique, éd. Dangles ; Les Dix plus gros mensonges sur les médicaments, éd. Dangles.